« Une politique d'immigration aussi irrationnelle que cruelle »
Dans le cadre de la présidentielle 2012, Emmaüs France poursuit sa campagne « Mobilisons nos voies(x) » sur le thème de l'accueil des étrangers. Michel Feher, président de l'association "Cette France-là !" relève un durcissement de la politique d’immigration dans les actes et dans le discours.
Quelles ont été les étapes du durcissement de la politique d’immigration ?
« Depuis cinq ans, on constate un durcissement inédit et croissant des politiques d’immigration. Il y a eu trois phases correspondant aux trois ministres chargés des flux migratoires. Avec Brice Hortefeux, le discours vantait l’immigration dite « choisie » pour mieux lutter contre l’immigration « subie » -en allant jusqu’à programmer chaque année le nombre d’expulsions à réaliser. On s’en est pris à l’immigration familiale et on a jeté le soupçon sur les demandeurs d’asile. Pour tenir les chiffres annoncés, les interpellations de sans-papiers présumés se sont accélérées. Avec Eric Besson, on a lutté contre les passeurs et on s’en est pris aux migrant qui recourent à leurs services, mais aussi aux particuliers et aux associations qui leur viennent en aide, qui ont été accusés d’assister les trafiquants ! Avec Claude Guéant, il s’agit de réduire l’immigration légale avec 20 000 titres de séjours en moins par an. L’immigration de travail et même les étudiants sont visés. En outre, le gouvernement n’hésite plus à stigmatiser des communautés comme les Roms, et à assimiler immigration et délinquance. Désormais, le discours est aligné sur les actes. »
Emmaüs France* demande aux candidats à la présidentielle d’abroger la loi Besson et d’autoriser les demandeurs d’asile à travailler.
« Parmi les nombreuses raisons d’abroger la loi Besson, la plus importante concerne la limitation du droit de regard du pouvoir judiciaire. En particulier, le pouvoir d’intervention du juge de la liberté et de la détention a été considérablement entravé, de sorte qu’il est désormais possible d’expulser des gens avant son intervention. Outre les pressions exercées sur les associations et les nouveaux obstacles opposés aux demandes d’asile – grâce à l’extension des zones d’attentes –, il s’agit là d’une atteinte très grave aux principes de l’État de droit. De même, concernant les demandeurs d’asile, les autorités les placent dans une situation de précarité professionnelle et d’hébergement dramatique, laquelle est ensuite invoquée pour justifier de nouvelles restrictions de leurs droits. Il s’agit d’une politique d'immigration aussi irrationnelle que cruelle"
Que dire à ceux qui parlent du coût de l’immigration ?
« Sur le plan de la participation des étrangers au financement de la protection sociale, une étude réalisée par des économistes de l'université de Lille pour la Drees-MiRe*, montre que, pour l’année 2005, la contribution globale des immigrés au budget des administrations publiques – c’est-à-dire la différence entre les taxes et cotisations encaissées et les prestations offertes – avait été positive et de l'ordre de 12 milliards d'euros. En moyenne, chaque migrant aurait donc fourni quelque 2.250 € aux caisses de l’État, alors que, la même année, la contribution des Français s’élevait à 1.500 € par personne.
Sur le plan des salaires, une étude réalisée en 2010 par un chercheur de la London School of Economics* montre que la présence d’immigrés sur le marché français de l’emploi a globalement un effet positif sur les salaires des Français et prévoit «qu’une croissance de 10 % de l'immigration entraînerait une hausse de l'ordre de 3% des salaires des natifs ».
Enfin, pour ce qui concerne l’emploi, il n’est pas davantage possible d’affirmer que l’immigration accroît le chômage. Les rapports entre salariés étrangers et Français relèvent de la complémentarité plus que de la substituabilité (substitution). L’ancien président de l’Office français de l’immigration et de l’intégration, Dominique Paillé, rappelait que « quel que soit le niveau du chômage, nous avons besoin d'une immigration régulière » car « certains emplois ne trouveront de toute façon pas preneurs parmi les salariés nationaux».
L’immigration n’est donc ni un problème économique ni un problème démographique. Elle n’exerce pas de pression à la baisse sur les salaires, n’a pas d’impact significatif sur le chômage et ne creuse pas les déficits publics. »
*(Mission Recherche de la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques du ministère du Travail, de l'Emploi et de la Santé)
* Javier Ortega, chercheur à la London School of Economics, et Grégory Verdugo, chercheur associé à la Banque de France
*http://emmaus-france.org/Mobilisons_nos_voix