Un toit décent pour les Roms
Emmaüs Coup de main sort les Roms des bidonvilles : une insertion par le travail et le logement, le temps de trouver leur place dans notre société.
Georges et Codruta sont âgés de 25 ans. Aux visiteurs, ils servent un savoureux café provenant d’une machine à capsules en papier, moderne. En cette rigoureuse fin janvier, ils disposent de tout le confort nécessaire. Cela fait presque deux ans qu’ils logent dans un deux pièces en Algeco, avec leurs filles âgées de 6 et 4 ans. C’est l’un des dix logements passerelles d’Emmaüs coup de main, à Saint-Denis (93), proposés aux populations issues des bidonvilles qui veulent intégrer le projet de l'association. « Ici, nous sommes moins stressés que dans la baraque, où les policiers pouvaient nous chasser. Et il n'y a pas de rats !», plaisante Georges, qui préfère l’humour pour évoquer ce passage obligé par les campements de Roms souvent sordides. Seul abri qu’il ait connu depuis son arrivée en France en 2001.
« Déplacement perpétuel »
Roms roumains ou Bulgares peuplent les nombreux bidonvilles d’Ile-de-France. « Mais les expulsions les renvoient vers des entités plus petites, plus discrètes et cachées. Ils sont en déplacement perpétuel, comment voulez-vous qu’ils trouvent une juste place parmi nous ? », interroge avec amertume Christophe Auger, directeur adjoint de l’association. Pour les sortir de l’insalubrité et de conditions de vie déplorables, Emmaüs Coup de main favorise leur insertion par le travail en chantier d’insertion et par des logements passerelles, notamment sur un terrain prêté par l’Etat, à Saint-Denis. L’idée est d'initier un parcours dans le logement pour les faire basculer ensuite sur des appartements de droit commun.
« Casser les préjugés »
Georges et Codruta emménagent à la fin de la semaine dans un appartement plus grand et « plus joli ». « Il y aura une chambre en plus pour les enfants», se réjouit Codruta. Ce sera toujours un mobil home, mais plus moderne situé à Aubervilliers. « Il a fallu du temps pour casser les préjugés sur les Roms auprès des collectivités locales, qui acceptent de céder des terrains et de construire des "villages d'insertion" ou des programmes d'habitat adapté en Seine-Saint-Denis. Pour les bailleurs sociaux et privés, cela va encore prendre du temps pour les convaincre que ces familles cherchent seulement à mener une vie normale», glisse Laure Bosman, chargée de mission à Coup de main.
« Considérés comme des étrangers »
Georges a été embauché, en amont, sur le chantier d’insertion d’Emmaüs Coup de main, comme chauffeur. A l’époque, c’était encore possible. « Malheureusement, depuis quelques temps notre dérogation pour embaucher des Roumains et des Bulgarres en contrat d’insertion nous a été retirée », souligne Christophe Auger. Coup de main a pourtant permis à une quarantaine de personnes d’être salariés depuis 2010. « Les Roumains sont considérés comme des étrangers. Ils sont européens mais ils ont un statut encore transitoire : ils n’ont pas le droit travailler, sans demander une autorisation parmi les 150 métiers ouverrts. Sauf dérogation spéciale de la préfecture sur présentation d’une promesse d’embauche. « Mais, nombreux sont ceux qui ont déposé leur promesse d’embauche depuis neuf mois, et n’ont toujours pas de réponse. Quel employeur peut patienter aussi longtemps ! », tempête Christophe Auger.
Projet de vie
George a obtenu une carte de séjour de 10 ans grâce à son travail sur le chantier de Coup de main. Par l’intermédiaire de la chargée d’insertion qui suit le chantier, il a trouvé un emploi de chauffeur en CDI pour une société du bâtiment. Surtout, lui et sa femme ont maintenant un projet de vie pour eux et leurs enfants. Leurs filles ont bénéficié d’une aide aux devoirs. Codruta envisage de travailler « parce que deux salaires c’est mieux qu’un pour prétendre à un logement pérenne ». Ils veulent que leurs filles réussissent : « En Roumanie on peut avoir une maison, mais il n’y a pas de travail et les enfants ne vont pas à l’école ».
Pour l’heure, Emmaüs Coup de main parvient à traiter une infime partie des problèmes des bidonvilles. En partenariat avec la mairie de Paris, elle met en place une maraude sur spécialisée sur ce territoire et mène des actions d'accompagnement vers le logement. Mais l’association peine sur les questions d’insertion par le travail. Elle veut lutter pour l'abrogation des mesures transitoires. Une vraie politique publique doit être lancée afin de lutter contre l'habitat indigne qu'est le bidonville. Car en 2014, quoi qu'il arrive les Roms roumains et bulgares seront des citoyens européens à part entière.
Lire : Martin Olivera, "Roms en (bidon)villes", octobre 2011, collection "La rue parlons-en" (Editions Rue d'Ulm)