« Je suis bouquiniste tout public »
Lionel tient le rayon librairie de la communauté de Bougival depuis douze ans. Pour le salon Emmaüs de Paris, qui se tiendra le 24 juin, il prépare le stand Livres en mettant de côté ses volumes les plus rares et précieux.
Avec ses lunettes et ses cheveux bien coiffés, il pourrait passer pour un premier de la classe. Mais Lionel a arrêté l’école à 16 ans. Pas le genre littéraire. « Je suis autodidacte », dit-il. Mais Lionel a toujours aimé lire : « La lecture des classiques ne m’a pas été imposée au lycée. J’ai plutôt eu des profs qui m’ont fait découvrir « Le baron perché » d’Italo Calvino et le « Vieil homme et la mer », d’Hemingway. On se dit que si tout est comme ça, on a envie d’en feuilleter davantage ».
Pièces de qualité
Lionel apprécie surtout le livre en tant qu’objet. Alors en arrivant à Emmaüs Bougival comme compagnon, il y a douze ans, après avoir fait tous les métiers, de maçon à barman, en passant par le travail à la chaîne chez Citroën, il n’a pas mégoté lorsqu’on lui a proposé de tenir la librairie. Lui qui était plutôt instable n’est jamais resté aussi longtemps à un endroit qu’à Emmaüs. Il est même devenu un libraire incontournable au sein du mouvement. « Quand des communautés ne reçoivent pas assez de dons de livres, elles font appel à moi. Nous avons la chance ici de recevoir énormément de pièces de qualité. » C’est donc avec entrain qu’il en remise quelques-unes en prévision du salon Emmaüs de la porte de Versailles, le 24 juin.
Insolites, introuvables…
« Nous avons beaucoup de livres religieux assez précieux : certains ont des illustrations en couleurs magnifiques et regardez cette couverture en ivoirine et ce fermoir en forme de croix ! » Les mains de Lionel qui ont porté des briques, se font douces comme des coussinets de chat pour tourner les pages des imprimés classés dans un grand carton. « Voilà un insolite : un fac simile de manuscrit de Sacha Guitry. Et celui-ci fait parti des introuvables : un Maurras numéroté sur 2 005 exemplaires, chez un éditeur qui n’existe plus. Celui-là, il date de 1771 « de l’homme moral » de l’abbé Crillon, imprimé sur du papier chiffon !, lance Lionel, en connaisseur. Quand on tient des livres aussi anciens entre les mains, on ne peut pas rester insensibles. On pense à l’histoire de ceux qui les ont tenus entre les mains. Je suis heureux de leur donner une chance de repartir dans d’autres mains qui sauront les apprécier».
Parfait état
Dans le repaire de sa boutique, Lionel a disposé ses volumes selon des rayonnages distincts : Les romans d’occasion en parfait état, les ouvrages d’histoire, les biographies, les livres de médecine et de philosophie, les cartes routières et les livres de poche… Tout y est. Il y a même une ancienne vitrine de chocolaterie où il expose maintenant ses trésors : la collection des mémoires de Saint-Simon dans l’édition de 1789, des livres religieux en latin datant de 1604… Et des pièces recherchées par de tous autres amateurs, comme cet album original de Modeste et ponpon, croquée par Franquin bien avant Gaston Lagaffe, et que Lionel vend à 200 euros alors qu’il est côté à 350 euros.
« Les enfants, l’avenir du livre »
« J’en apprends tous les jours, en recherchant des information sur Internet, confie-t-il. Pour peu qu’on s’y intéresse, c’est passionnant. » Il essaye de transmettre ce qu’il sait. C’est pour cela qu’il participe au salon Emmaüs de Paris : « je suis bouquiniste tout public, je ne suis pas spécialisé ». « Il faut que les livres touchent un large public, dit-il. Je privilégie surtout le rayon des enfants car ils sont l’avenir du livre. Malgré les « Liseuses », je suis sûr qu’ils n’abandonneront pas le plaisir de tourner les pages, de contempler les images et de prendre le temps de revenir en arrière, en toute lenteur. »
Il y a en aura donc pour tous les goûts au salon. Et cela devrait faire des heureux. Comme cette petite fille repartie avec un sac plein de recueils, dont cet exemplaire, constitué de multiples puzzle aux pièces intactes, racontant l’histoire du Petit prince. Lionel lui, à 50 ans, n’est pas prêt de laisser sa place dans son royaume de papiers.