De l'entraide sous le capot

La voiture ? Indispensable pour trouver ou conserver un emploi. Emmaüs Saint-Omer abrite désormais un garage social pour dépanner ceux que les frais de réparation mènent dans le mur.

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"Dans un garage social, il y a la partie mécanique et la partie bureau des pleurs", résume Jean-Michel Silva. L'homme a ouvert le mois dernier L'Auto Mobilité, sur le site de la communauté d'Emmaüs Saint-Omer : ce garage associatif propose aux plus démunis des tarifs de mains d'oeuvre permettant des ventes, des réparations et des entretiens de véhicules, à des tarifs très en dessous de ceux pratiqués dans le circuit classique. "Ce sont des personnes handicapées, des demandeurs d'emploi, des personnes surendettées ou en redressement fiscal qui ne peuvent pas trouver de solution ailleurs et qui ont un besoin impératif de véhicule", explique Jean-Michel, qui ne sait que trop que le budget automobile représente le deuxième poste de dépense, après le logement, surtout en province. En à peine deux semaines d'existence, l'association répond déjà à une dizaine de demandes par jour et vingt dossiers de micro-crédits sociaux sont déposés.

Les valeurs d’Emmaüs

Le projet a immédiatement séduit Jean-François Chaumette, responsable de la communauté Emmaüs de Saint-Omer qui, dans une autre vie, a passé un CAP de mécanicien auto. "Nous restons dans les valeurs d'Emmaüs : il s'agit d'aider les plus démunis à trouver des solutions pour s'en sortir. Le garage les aide aussi à réparer eux-mêmes leur voiture, en louant les ponts par exemple, et emploie quatre apprentis mécaniciens. Il y a aussi toute une démarche sociale derrière, pour aider les gens à trouver des solutions de financement. Avec Audo-Tri, entreprise d’insertion déjà présente sur les lieux, Emmaüs devient une pépinière de projets porteurs d'emplois !"

Dossiers de micro-crédit

Grâce à un passé de bénévole aux Autos du coeur, une association qui permet aux gens à faibles revenus d'acheter des voitures remises en état, Jean-Michel Silva a tissé un réseau local : la CAF, le Crédit mutuel solidaire et la Caisse d'épargne solidaire le connaissent bien. "Je porte un bleu de travail, mais je comprends surtout les difficultés des gens. J'essaye de trouver des solutions intermédiaires pour qu'ils s'en sortent à moindre frais. Pour des situations pas trop compliquées, je peux obtenir la garantie d'ouverture d'un dossier de micro-crédit en 48 heures !", lance-t-il fièrement. Dès lors, les clés à molettes tournent à plein régime et les clients ressortent avec le sourire. "On change les roulements sur des autos que certains garagistes avaient déjà condamnés à la casse. Une dame, hier, s'en est sortie pour 500 euros de réparations alors qu'on lui en demandait pour 1 400 euros ailleurs.

Un voiture à moins 1 500 euros

L'Auto Mobilité peut rivaliser avec les plus professionnels. Une « valise diagnostic » dernier cri permet de réparer les modèles bourrés d’électronique. On peut aussi y acheter une voiture contrôlée, vidangée et garantie trois mois, pour un maximum de seulement 1500 euros ! Comme aime à le répéter Jean-Michel : "ce n'est pas parce que vous avez une voiture que vous êtes sortis du trou". Alors pour le moindre pépin, en s'acquittant d'une cotisation annuelle au garage, chacun peut être dépanné sans se faire écraser financièrement ou procéder à une auto-réparation en toute sécurité.

« On vient me demander conseil »

La communauté Emmaüs a offert gratuitement le hangar qui abrite le garage : un ancien dépôt de 600 m2. Jean-Michel s'est attelé à la tâche pour entreprendre des travaux à l’aide de subventions. "Grâce à Emmaüs qui me fait confiance, je n'ai pas à débourser 4 000 euros de loyer par mois, explique-t-il. Je n'ai que des frais d'eau, d'électricité de téléphone et les salaires. Pour le matériel et les voitures d'occasion, je peux donc dégager de la marge et parvenir à un auto-financement." Il y a encore deux ans, cet entreprenant garagiste était « au tapis », après un accident. "A 53 ans, l'ANPE me considérait tout juste comme un fossile en très mauvais état, raconte-t-il. Maintenant, des garages de marques connues viennent me demander conseil. Ils veulent savoir comment je m'y prends pour aider les gens dans le besoin à conserver leur capacité de mobilité et donc leur autonomie !"