L’insertion comme une alternative à la crise
Dans un contexte de chômage de masse, l’insertion par l’activité économique constitue une vraie piste pour sortir de la crise. Emmaüs souhaite que le président fasse preuve de plus d’audace sur ce sujet.
La question de l’emploi se situe au cœur des préoccupations des Français. Ce constat n’a rien d’étonnant lorsque l’on sait que, fin 2011, huit millions de personnes sont sans emploi ou exercent un emploi précaire. Ces chiffres peuvent paraître abstraits. Ils ont pourtant un impact social fort : plus de 13 % de la population française vit aujourd’hui au dessous du seuil de pauvreté et près de deux millions de personnes perçoivent le RSA. « Ces trente derniers années les politiques de l’emploi ont surtout reposé sur l’hypothèse d’une croissance retrouvée. Elles ont misé sur les allégements des charges sociales pour les entreprises au détriment souvent des contrats aidés. Pourtant, cette croissance devrait rester faible encore longtemps, en particulier en situation de crise », explique Thierry Kuhn, responsable d’Emmaüs Mundolsheim, une structure qui emploie plus de cinquante salariés en insertion.
Emmaüs France souligne depuis de nombreuses années l’importance de mener une véritable politique d’insertion par l’activité économique. En effet, les structures d’insertion salarient, accompagnent et forment tous les ans 275 000 personnes très éloignées de l’emploi. « Elles sont également une solution créatrice de richesse en se positionnant sur des activités sociales et environnementales non satisfaites notamment en matière de réemploi, de prévention des déchets, de maraîchage bio. En tant qu’acteur économique, elles participent largement à la création d’emplois durables sur les territoires », explique Gilles Ducassé, délégué général adjoint de la branche insertion à Emmaüs France.
Pourtant, le manque de volonté politique fait cruellement défaut sur ce sujet. Selon Thierry Kuhn, « les actions menées dans le secteur demeurent totalement illisibles. Les financements sont extrêmement morcelés et le nombre de contrats aidés ne cesse pas de décroitre depuis plus de deux ans ».
Sollicité par Emmaüs, François Hollande a faire part de ses propositions sur ce sujet. Il s’est prononcé pour la création de 200 000 contrats aidés durant sa mandature. « Cette mesure est tout à fait nécessaire en situation de chômage de masse et largement atteignable. Loin de constituer une charge, il s’agit d’un véritable investissement pour l’avenir », rappelle Thierry Kuhn.
Une autre proposition d’Emmaüs avait été reprise par le candidat : la création d’une Agence nationale pour le développement de l’économie sociale, solidaire et écologique (ESSE). « Cette structure devra favoriser l’émergence des actions les plus innovantes en la matière, en les soutenant financièrement mais également en leur donnant plus de visibilité mais auparavant il faut définir ce qu’est l’ESSE afin bien déterminer les actions qui entrent dans son champ. Une loi cadre sur ce sujet demeure incontournable », explique Gilles Ducassé.
Imagination
Les propositions de François Hollande sont en revanche jugées trop timides en matière de formation. Pour Thierry Kuhn, « Nous avons besoin d’une vraie impulsion politique, de l’intervention coordonnée de partenaires locaux et nationaux véritablement tournée vers les personnes les plus éloignées de l’emploi, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui ».
Même son de cloche concernant le RSA qu’il convient de réformer et dont parle trop peu François Hollande. « Il faut simplifier le dispositif, le rendre plus visible pour faire baisser les taux de non recours. Les jeunes de moins de 25 ans doivent également pouvoir y accéder et l’accompagnement des bénéficiaires doit être largement renforcé sinon la mesure est vouée à l’échec », analyse Gilles Ducassé.
Mais si l’élection d’un nouveau président suscite de l’espoir, les deux hommes ne comptent pas uniquement sur les promesses du candidat. Pour eux, les associations doivent apprendre à mieux travailler ensemble afin de peser dans le débat public et mieux valoriser leurs initiatives. Selon Gilles Ducassé, « le grand public ne prend la mesure de toute la richesse de l’ESSE et ne voit pas ce secteur comme une alternative à la situation actuelle. Pourtant, en ces temps de crise, nous avons plus que jamais besoin d’imagination ».
Témoignage de Nina, femme active
Responsable d’un salon d’esthéticienne durant cinq ans, la vie professionnelle de Nina, 45 ans, a basculé en 2009. « L’entreprise qui m’employait a déposé le bilan et je me suis retrouvée seule avec ma petite fille sans aucun soutien, au chômage et sans diplômes. » Nina traverse alors un véritable enfer. « Personne ne souhaitait m’embaucher, je ne pouvais pas faire garder ma fille par manque d’argent. J’étais à deux doigts de l’expulsion locative. » Une conseillère de la mairie l’oriente finalement vers la Friperie solidaire, une structure d’Emmaüs qui la recrute en contrat d’insertion en tant que trieuse. « Ici, j’ai pu bénéficier d’un accompagnement, trouver une place en crèche pour mon enfant. Le travail me redonne confiance. Je vais pouvoir passer les diplômes d’esthicienne qui me manquent. Je me sens à nouveau prête à affronter la vie active. »